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5e dimanche du temps ordinaire - Année A

Frère Edouard Divry op

5 février 2017

Matthieu 5, 13-13

Le sel et la lumière sont des dons qui se répandent. Comment les découvrir ? Le sel dans l’eau et dans les chairs, la lumière dans les airs : l’un est plus terrestre, l’autre plus céleste. Ils proviennent tous deux de Celui de qui vient tout don, car ils descendent « du Père des lumières » (Jc 1, 17). Jésus, « lumière de lumière », en les évoquant successivement veut-il nous fixer d’abord à son humanité (cf. Mt 5, 13), puis à sa divinité à propos de laquelle il s’étend plus longuement (cf. Mt 5, 14-16) et vers laquelle il veut nous faire tendre ?
Où les trouver ici-bas ? La source de la lumière est universelle pour tous : le soleil ; en dehors des lumières éphémères provoquées par le feu ou par notre art énergétique. Le sel est plus localisable : il convient de s’acheminer vers les salines les plus proches, comme à Aigues-Mortes, au sud de la France, à fleur de mer et de terre ; ou parfois, de manière plus enfouie, dans les mines de sel, comme à Wieliczka, à côté de Cracovie, où l’on a escavé l’espace d’une église (Ste Cunégonde) en sel, et plus grande que celle de Chalais ! Le sel est plus localisable comme pour l’humanité ; la lumière est partout comme la divinité.

Écoutons donc ce que dit l’épouse, l’Église, à la voix de l’époux, le Christ, alors qu’Il lui déclare : « vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14). L’Église, récemment, par la voix de nos Pères conciliaires, a répondu : « Lumen gentium sit Christus » (LG, n°1), « la lumière des nations c’est le Christ ». Nous ne sommes lumière que parce que le Christ est la « lumière véritable » (Jn 1, 9). Mais qu’est-ce que la lumière ? Dieu affirme dans la Genèse : « Que la lumière soit, et la lumière fut » (Gn 1, 3). La raison que la lumière vienne en premier dans la création : que l’univers créé puisse devenir un lieu de conscience et de vérité, de croisement et d’autonomie ; l’espace aussi du bien et de l’amitié.

Au jour du Dimanche, « Jour du Seigneur » (Ap 1, 10), la création prend un départ entièrement renouvelé, car « en a sa personne », le Christ, « a apporté toute nouveauté » (Irénée, Adversus Haereses, IV, 34, 1). Jésus surgit du tombeau, la vie surmonte la mort, le bien dépasse la haine, la vérité surpasse le mensonge. Jésus ressuscité des ténèbres du tombeau « devient lui-même pure lumière » (Benoît XVI, Homélie 07/04/2012). Il nous promet de devenir participants de sa gloire, car, par le baptême, qui est « une lumière » (Grégoire de Nazianze), une « illumination » (Cyrille de Jérusalem), nous « sommes devenus participants du Christ » (He 3, 14) ; « du Saint-Esprit » (cf. He 6, 4). Et, lors de son retour, à la parousie, le Christ « transfigurera nos pauvres corps à l’image de son corps de gloire » (Ph 3, 21).
Quand le Christ reviendra, il mettra en lumière ce qui était caché : « car rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour » (Lc 8, 17). « Le Christ fera paraître les intentions des cœurs pour que chacun reçoive de Dieu la louange qui lui revient », enseigne saint Augustin. Et le maître d’Hippone poursuit : « Avec la présence d’une telle lumière du jour, les lampes ne seront plus nécessaires. On ne nous lira plus la prophétie, on n’ouvrira plus le livre de l’apôtre, nous ne réclamerons plus le témoignage de Jean (Baptiste), nous n’aurons plus besoin de l’Évangile lui-même » (Super Evangelium Iohannis, 35, 8). De fait, l’Agneau nous tiendra « lieu de flambeau » (Ap 21, 23). Il n’y aura qu’un peuple illuminé, l’Église, « une, sainte, catholique et apostolique », celle de notre profession de foi. Les bâtisseurs de Chalais ont voulu l’inscrire dans l’édifice : la pierre de faîte avec l’agneau immolé à la croisée des arcs corrobore la force de cette foi qui ne passe pas.

C’est pourquoi l’épouse en ce jour, brillant de la lumière de l’Agneau, ose déclarer : « Seigneur tu es la lumière du monde, la Résurrection et la vie (Jn 9, 5 +11, 25 + 14, 6) ». Unis toujours plus à notre tête, entendons le Christ murmurer en retour à nos cœurs, au moment de la communion : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12 ; 9, 5). Et Jésus ajoute au creux de l’oreille de chacun : « Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jn8,12).

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